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8 mars 2012

De Paris à la frontière égyptienne: dans la peau de Sofia, combattante dans l’armée israélienne

par Tsahal - Armée de Défense d'Israël

Une fois n’est pas coutume, l’interview aura donc lieu en français. Entre deux gardes et à quelques kilomètres de la frontière égyptienne, Sofia Haccoun-Zakabloukowa, combattante dans le Bataillon Karakal récemment arrivée de France, ôte une partie de son équipement et fait une pause pour répondre à nos questions.

Revenons quelques mois en arrière. Sofia qui est étudiante en deuxième année dans une école de commerce parisienne annonce à sa famille qu’elle part s’engager dans Tsahal comme combattante. Son attrait pour le monde militaire et son goût marqué pour le sport depuis son plus jeune âge n’y feront rien : cette annonce fait l’effet d’une bombe. Cette fois-ci, c’est la réalité.

Sofia en uniforme dans le sud d'Israël

Sofia en uniforme dans le sud d'Israël

Changement d’adresse

A 21 ans, Sofia s’engage dans Tsahal en avril dernier. Elle passe d’abord trois mois dans la base de Mihvé Alon dans le nord du pays, spécialisée dans l’accueil des nouveaux immigrants à l’armée. Une manière de faciliter le passage de la société civile à la sphère militaire pour ces recrues venues de l’étranger.

Sofia et les autres se trouvent projetés dans un microcosme fascinant où sont mélangés des futurs combattants venus du monde entier : Éthiopie, Russie, États-Unis, Amérique du Sud, France, etc.

« Je ne parlais pas un mot d’hébreu en arrivant à l’armée, pas un seul ! Mes premiers temps à l’armée ont été cruciaux : je n’avais pas d’autre choix que d’apprendre, d’écouter, en immersion totale », se souvient-elle.

Sofia intègre donc le Bataillon d’Infanterie Karakal dont la mission est de sécuriser la frontière israélo-égyptienne contre les infiltrés clandestins, les terroristes et les contrebandiers en août 2011. Les entraînements ont lieu dans le nord du pays, mais le reste du bataillon est déployé dans le sud. Quelques jours après le début de leur formation, la nouvelle de la triple attaque terroriste, qui tue 8 Israéliens et plonge le sud du pays dans la terreur, leur parvient et ne les laisse pas indifférents. Dans quelques semaines, Sofia et ses camarades savent qu’ils seront eux aussi chargés de défendre cette zone.

Hommes et femmes sont mélangés au sein du Bataillon Karakal

Hommes et femmes sont mélangés au sein du Bataillon Karakal

« Quand j’ai annoncé à mes parents que je voulais m’engager dans Tsahal, ils ne m’ont pas cru. Jusqu’à la dernière minute, mon père pensait que je ne monterais pas dans l’avion. Quand il a compris que je ne changerais pas d’avis, il s’est mis à pleurer. C’est la première fois que je voyais mon père pleurer. »

Le bataillon Karakal a été créé en réponse à une volonté croissante des femmes d’intégrer des unités combattantes et a comme particularité d’être le seul bataillon d’infanterie à intégrer à la fois des soldats et des soldates dans des rôles de combattants. Avant l’Indépendance de l’État, les femmes servaient déjà comme combattantes dans les groupes armés qui deviendront plus tard l’Armée de Défense d’Israël, puis pendant la Guerre de Kippour, en 1973, elles sont de nouveau appelées sur le terrain, en réponse au besoin urgent d’augmenter la capacité des forces terrestres. Finalement, en janvier 2000, une décision de la Cour Suprême Israélienne ouvre la possibilité aux femmes qui le désirent de servir en tant que soldates combattantes dans Tsahal.

« Chez nous, il n’y a aucune différence entre les filles et les garçons. Nous sommes astreints à la même discipline et exposés de la même façon au danger. »

Pour Sofia et les autres, ce n’est que le début. Les entraînements s’enchaînent. Pour les garçons comme pour les filles, il s’agit d’apprendre à utiliser différents types d’armes, maîtriser la pratique du camouflage et développer sa capacité physique.

« Je ne me doutais pas que ce serait si intense»

Les gardes et les entraînements remplissent les journées de Sofia.

Mais sa détermination surprend même ses commandants. « Lors de notre première grande marche, je boitais en raison d’une blessure antérieure. C’était la nuit et des torches de feu avaient été placées le long de notre chemin pour nous diriger. Les derniers kilomètres, nous nous mettons à courir et je trébuche. L’une de mes chaussures s’enflamme sans que je m’en rende compte. Au lieu de ça, j’encourage mes camarades qui se sont regroupés autour de moi à continuer leur course. » Sofia reçoit la casquette de sa commandante, une coutume dans Tsahal qui permet de féliciter un soldat méritant.

Sofia et son commandant, à la cérémonie du béret

Sofia et son commandant, à la cérémonie du béret

Au sujet de l’ouverture progressive de toutes les possibilités aux femmes de Tsahal, nous demandons à Sofia si les combattantes apportent quelque chose sur le terrain, ou s’il n’est question que d’égalité des sexes.

« Les soldats ont plus de force, mais nous sommes souvent plus rapides. Nous n’avons pas la même façon de voir le terrain et d’appréhender le terrain. Nous ne remarquons pas les mêmes détails et percevons les choses différemment. En fait, cette combinaison fonctionne bien. »

« Je voulais me prouver que j’en étais capable»

Il reste encore quelques mois de service à Sofia, et à vrai dire, le pire reste à venir. Bientôt, son bataillon sera déployé le long de la frontière israélo-égyptienne.

« Les entraînements vont à nouveau s’intensifier afin que nous ne perdions pas les réflexes acquis. »

Pour Sofia, la plus grande difficulté n’est pas son niveau d’hébreu, le terrain, la fatigue, mais l’éloignement de sa famille.

Sofia ne réalise pas totalement qu’elle a changé de vie.

"Je suis fière de ce que je fais ici"

"Je suis fière de ce que je fais ici"

« Je ne réalise pas toujours que j’habite désormais à quelques kilomètres de l’Égypte et que je suis combattante », explique-t-elle, « Je suis en contact avec ma famille chaque jour. Ils sont venus plusieurs fois me rendre visite, mais mon frère et mes parents me manquent terriblement.»

« J’en retire beaucoup de force, de maturité et de fierté, et ces apprentissages m’accompagneront pour la suite « , conclue Sofia avant de refermer cet entretien.


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