Aller au contenu principal

16 février 2012

3

Syrie : la frontière “trompeuse”

par Israel Defense Forces

La presse française se fait l’écho ces dernières semaines de l’instabilité croissante en Syrie, de la répression des opposants au régime et des activités du Hezbollah libanais. Quelles conséquences pour Israël et Tsahal? Le site français a voulu vous en dire plus….

Suite de notre voyage le long des frontières d’Israël. Après une rencontre avec deux officiers de Tsahal postés à la frontière libanaise, l’équipe du site français poursuit sa couverture des enjeux pour Israël et Tsahal à l’heure de tous les dangers, à la frontière syrienne. Frontière? Plutôt ligne de cessez-le-feu reconnue internationalement. Une frontière dangereuse donc, et qui n’a jamais connu la paix. Les vaches et moutons qui y paissent s’en soucient peu.

Nous nous éloignons donc de la mer et du Liban pour suivre la frontière vers le plateau du Golan , et ses hauts points de vue sur Israël. “D’ici, tout est à portée de tir,” nous dira notre premier interlocuteur, un officier de la Branche des Renseignements Militaires de Tsahal. Ce territoire hautement stratégique a été conquis en 1967 lors de la Guerre des Six jours, et se trouve depuis sous administration israélienne.

Carte : Le plateau du Golan

“La frontière avec la Syrie a paradoxalement longtemps été la plus apaisée de nos frontières, jusqu’aux évènements de mai dernier. Pendant près de quarante ans, la zone est restée sensible mais calme. Il règne ici un silence trompeur.”

Sur le plateau du Golan, atout stratégique de Tsahal

Le dernier conflit entre armées sur le Golan remonte à l’ automne 1973 et à la Guerre du Kippour. En octobre 1973, alors qu’Israël observe le jeûne annuel le plus important du judaïsme, les armées coalisées de l’Egypte, de la Syrie et d’autres pays de la Ligue Arabe attaquent par surprise.

Priorité défensive, les troupes de réservistes mobilisés en urgence défendent le Golan dont la prise permettrait à la Syrie une avancée dans les profondeurs stratégiques d’Israël. Ils repoussent l’armée syrienne et prennent finalement le contrôle du Mont Hermon et étendent le territoire sous contrôle israélien. La “Ligne Violette”, qui constituait la frontière avant l’attaque des armées arabes, est dépassée par Tsahal aux termes de combats difficiles.

Mais alors, où passe la frontière aujourd’hui? Un officier de la Branche des Renseignements Militaires de Tsahal nous répond.

“En 1974, Israël a accepté de retourner à la fameuse Ligne Violette, en contrepartie du retour de prisonniers de guerre et des corps de soldats de Tsahal que la Syrie refusait de remettre aux familles. Une zone tampon a été établie. Une force observatrice de l’ONU y patrouille, la FNUOD. Ses soldats sont sous commandement autrichien ou philippin, selon les zones où ils évoluent.”

La zone-tampon sépare les deux armées. Il n’y a aucun contact entre Tsahal et les forces syriennes. Et la frontière reste celle de deux pays en guerre. Des hauteurs du Golan, les soldats postés sur le Golan scrutent la Syrie et les grands axes qui relient la zone à Damas, finalement très près.

“La quantité de soldats et munitions que chacun des deux pays peut poster dans les kilomètres qui jouxtent la frontière est prédéfinie par les troupes de l’ONU. Chaque semaine, des vérifications sont organisées dans toutes les bases de Tsahal dans la zone. Les soldats de la FNUOD ont un mandat qui leur donne accès à tous nos entrepôts. Une vérification similaire est faite en Syrie.”

La routine est plutôt calme sur le plateau du Golan, et depuis 1974 s’y sont établies des communautées israéliennes. Kibboutz, villages et fermes isolées, autant de lieux que Tsahal sécurise au quotidien, et notamment en coordination étroite avec les réservistes habitants de la zone. Dans les plaines, les unités d’infantries s’entraînent et profitent des vastes étendues de terrain boisé.

“Derrière cette barrière se tient la plus importante armée hostile à Israël au Proche-Orient. Seule l’armée égyptienne est plus puissante, mais la différence majeure est qu’elle appartient à un pays avec lequel nous avons un accord de paix.”

“Calme trompeur”. L’expression est sur les lèvres de chacun de nos interlocuteurs, alors que nous tentons de comprendre comment les changements régionaux affectent cette zone particulièrement sensible.

Mai 2011 : intrusion de la question palestinienne dans les affaires israélo-syriennes

“Ces manifestations étaient évidemment un essai des factions palestiniennes en Syrie et du pouvoir de Damas de détourner l’attention de la répression des émeutes qui s’étendaient en Syrie et de ramener le dossier palestinien au premier plan. Il y a un lien avec le processus engagé en septembre à l’ONU, et les luttes intestines entre les courants palestiniens.”

Premier épisode, le 15 mai 2011. Des manifestants palestiniens sont acheminés par autobus des camps de réfugiés aux alentours de Damas vers la frontière et “lâchés” par les soldats syriens dans la zone-tampon vers Israël. La manifestation qui marque “le jour de la Nakba” (littéralement : catastrophe, en arabe palestinien) et la création de l’Etat d’Israël est violente, et se transforme en émeute.

“Les soldats de la FNUOD n’ont pas de mandat d’intervention. Ils sont 1400, pour la plupart chargés de missions logistiques. En cas de manquement aux accords en place, ils envoient un rapport à l’ONU, mais ils n’ont aucun moyen d’empêcher une telle action. Les violences étaient prévues, nous avons suivi l’avancée des bus depuis Damas. Au vu de la situation, tous les soldats de la FNUOD ont rejoint une base-mère en Israël, près du point de passage de Kuneitra.”

Aux abords du village druze de Majd El Shams en territoire israélien, près du point de passage de Kuneitra, et à la frontière libanaise, la foule s’accumule, et finit par se ruer sur la frontière, au mépris du danger. A la frontière libanaise, des terroristes du Hezbollah se mèlent aux émeutiers, le drapeau jaune de l’organisation flotte parmi les drapeaux palestiniens.

“Les manifestants ont explosé sur les champs de mines. Tsahal a ouvert le feu sur les meneurs ou les porteurs d’armes qui menaçaient directement la sécurité des soldats. Des dizaines de manifestants ont passé la frontière, et violé tous les accords en place depuis quarante ans.”

Deuxième alerte, le 5 juin 2011. Un des officiers que nous rencontrons garde dans son bureau un drapeau syrien abandonné par un des émeutiers devant le point de passage de Kuneitra. Malgré l’acheminement de renforts le long de la frontière, une nouvelle manifestation est orchestrée par le régime de Damas, d’une violence extrême. Encore une fois, la frontière est prise d’assaut, mais les soldats évitent toute infiltration. Le bilan humain est lourd, mais impossible à déterminer exactement.

“Les gens se sont rués sur les mines. Même la FNUOD n’a pas de chiffres précis. A Kuneitra, nous avons tiré des balles en caoutchouc sur des émeutiers armés de cocktail Molotov, qui se tenaient à quelques dizaines de mètres de nous seulement, sous les caméras de la télévision syrienne d’état! Il n’y a pas eu de tirs à balle réelles.”

La situation est nouvelle, et inédite à la frontière syrienne. Tsahal, préparé à faire face à une armée est confronté à l’instrumentalisation de civils et à leur utilisation comme boucliers humains par le régime syrien

.

Des soldats israéliens placent des mines à la frontière avec la Syrie, à l'été 2011

“Deux journées de violence, et l’impression factice de calme s’était envolée. Nous avons renforcé la frontière, et mis en place une barrière différente: elle est entièrement métallique, et coupante, pour empêcher les émeutier de l’escalader, et couverte de barbelés.”

Le Colonel Eshkol Shukron, commandant de la division du Golan, s’exprimait sur le sujet durant l’été et évoquait le potentiel déterrant d’une telle barrière. Une nouvelle brêche de la souveraineté d’Israël n’est pas une option.

 

Une frontière hermétique? Pas tout à fait…

Incroyable mais vrai : au point de passage de Kuneitra sont passés ce lundi une dizaine d’étudiants druzes originaires du Golan israélien, de retour de Syrie. Ces passages sont réguliers, et près de 3000 personnes traversent chaque année la frontière sinon presque hermétique.

“Il y a aujourd’hui sur le Golan 22 000 habitants juifs répartis dans 34 communautés. La population druze représente l’autre moitié des habitants du Golan et se concentre dans quatre implantations, au nord du plateau. Ceux-ci sont fidèles à la Syrie et continuent de se considérer syriens, malgré quarante ans sous juridiction israélienne.”

Qui peut passer, alors?

“Le sujet des fiancées syriennes a été publicisé plusieurs fois, notamment par le cinéma israélien. Chaque année, des Druzes du Golan passent en Syrie pour un pèlerinage, et les étudiants des communautés druzes du Golan sont autorisés à étudier en Syrie. La situation ne les repousse pas. D’ailleurs, cette année leur nombre n’a pas diminué. La communauté est neutre et n’a pas pris position pour ou contre le régime de Bashar El-Assad”

Et aujourd’hui? Comment la situation en Syrie affecte-t-elle la frontière?

Notre équipe fait le point sur l’impact de la situation en Syrie sur la frontière israélo-syrienne, alors que l’instabilité règne dans le pays.

“La stabilité qui régnait à la frontière n’existe plus. Le régime syrien régnait sans partage, d’une main de fer. Peu à peu, le pouvoir de Damas s’effrite à la frontière, et nous redoutons non plus une attaque organisée de l’armée syrienne, mais l’action isolée d’individus hostiles autrefois tenus par le régime.”

Dans la zone qui longe la frontière, nous explique un officier supérieur basé sur le Golan, la pauvreté fait rage. Le désordre règne, et Tsahal redoute une montée progressive du terrorisme dans la zone. Les transferts d’armes au Hezbollah continuent, et les munitions transitent d’Iran à travers le territoire syrien à destination des terroristes du Hezbollah.

“ Nous nous préparons à tous les cas de figures. Nous ne pouvons pas prévoir ce qui se passera demain. Personne ne peut dire quand le régime syrien tombera, mais il finira par tomber. Quelles seront les conséquences pour nous? Nous devons nous y préparer.”

(Source carte: site internet du journal Le Monde, www.lemonde.fr )

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :