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17 janvier 2012

“Quand j’étais soldate …” : entretien exceptionnel avec l’auteur Valérie Zenatti

par Tsahal - Armée de Défense d'Israël

A l’occasion des 21 ans de la première guerre du golfe, entretien avec Valérie Zenatti, auteur des livres « Une bouteille dans la mer de Gaza », « En retard pour la guerre », et « Quand j’étais soldate ».

Israël, janvier 1991.

Une attaque de l’Irak à l’arme chimique est redoutée, la guerre du golfe est imminente. Valérie Zenatti, auteur du livre “En retard pour la guerre” vit à Jérusalem, et mène une vie similaire à celle de la plupart des jeunes israéliens. Née à Nice et arrivée en Israël à 13 ans, elle vient de finir son service militaire, et contemple les possibilités de sa liberté recouvrée. Après des semaines de tension, les missiles s’abbatent sur Tel Aviv. La guerre est déclarée.

En retard pour la guerre est un roman à l’écriture sensible dont la vitalité et le réalisme rappellent le ton de certains jeunes cinéastes israéliens contemporains. Un film, Ultimatum, en a été tiré en 2009, avec Gaspard Uliel, Jasmine Trinca, et Michel Boujenah.

L’auteur y raconte l’histoire d’une jeune Française, Constance Kahn, qui a choisi de s’installer à Jérusalem pour écrire son mémoire sur Flavius Josèphe. Une héroïne plutôt proche de son histoire personnelle, qu’elle décrit aux prises avec un monde menacé d’anéantissement. Constance partage sa vie avec Nathanaël, un peintre révolté et imprévisible, travaille dans une boutique bio, a pour amie Tamar, étudiante comme elle en histoire antique, et sur le point d’accoucher. Lorsque les sirènes retentissent, Constance maîtrise de moins en moins le chaos émotionnel qui l’envahit et mêle ses angoisses aux traumatismes communs de la société israélienne.

Valérie Zanetti vit aujourd’hui en France. Nous l’avons interviewée en exclusivité à l’occasion du 11ème anniversaire de la guerre du golfe et de l’attaque irakienne sur Israël.

Quel âge aviez-vous au moment de la Guerre du Golfe ? Quel souvenir avez-vous de cette période ? Comment réagissaient les Israéliens autour de vous ? Concrètement, quel était le danger ?

« J’avais 20 ans, l’âge de tous les excès ! J’en ai gardé le souvenir d’une période à la fois très excitante pour les jeunes, pleine d’humour (on faisait des fêtes de fin du monde!) et très angoissante pour les plus anciens. Saddam Hussein menaçait d’utiliser des armes chimiques ou bactériologiques, c’était terrifiant. »

« J’étais étudiante à l’Université de Jérusalem. Autour de moi, le grand débat entre les étudiants d’origine étrangère était de savoir s’ils allaient rester ou partir, il y avait de vraies engueulades à ce sujet. Les uns se faisaient traiter de lâches, les autres d’inconscients. »

Comment vous étiez-vous préparés à faire face à cette menace ? A quel point la vie quotidienne était-elle bouleversée ?

« Dès le mois d’août 90 des centres de distributions de masques à gaz ont été ouverts, chaque citoyen recevait un masque avec un kit de survie et des instructions à suivre en cas d’attaque. « 

Bande-annonce du film « Ultimatum »

Quelles étaient les consignes ?

« Il fallait avoir chez soi des vivres et des bouteilles d’eau en quantité suffisante, du scotch, des plastiques et des serpillières pour se calfeutrer dans une pièce hermétique le temps de l’alerte. »

Comment vos proches en France réagissaient ? Avaient-ils peur pour vous ? Et vous, en tant finalement qu’immigrante (Ola H’adasha) ayant passé son enfance en France ?

« Ma grand mère avait extrêmement peur pour moi. Elle me suppliait de rentrer en France et insistait pour me payer le billet. Mais ça faisait sept ans que j’étais en Israël, j’avais fait mon service militaire, je me sentais partie intégrante du pays, je ne me voyais pas partir au moment où il était menacé. Tout comme mes parents et ma soeur d’ailleurs, qui sont également restés. »

Valérie Zanetti a par ailleurs publié un récit de son expérience dans Tsahal, son premier livre, “Quand j’étais soldate”.

Étiez-vous à l’armée au moment de la guerre du Golfe ? Si oui, quel était le sentiment à l’armée ?

« Non, je venais tout juste d’être libérée. Mais je peux que quelques mois auparavant, il y avait à l’armée de réelles incertitudes sur les intentions de Saddam Hussein, et ses capacités à frapper le pays. On a su plus tard que l’état-major a été extrêmement démuni lors de la première attaque. Je rappelle que les sirènes ont été déclenchées après que les premiers Scuds soient tombés sur Israël, c’était une vraie surprise. »

Parlez-nous du livre, de Constance, de l’époque… L’histoire se déroule en janvier 1991, au moment où Israël se prépare à une éventuelle attaque à l’arme chimique. Pourquoi avez-vous choisi de situer votre histoire à ce moment-là ?

« Parce que ça m’intéressait de revenir sur cette période qui avait fragilisé tout un chacun. Je crois que l’on s’est tous retrouvé extrêmement seul et vulnérable lors des premières alertes, et que ça a ramené chacun d’entre nous à ses propres fragilités.

C’était un conflit énorme, des centaines de milliers de soldats y étaient engagés, mais dans la peur de la chambre hermétique, chacun se retrouvait avant tout face à lui-même. C’est ce croisement entre le destin collectif et l’intime qui m’intéressait.

En ce qui concerne Constance, l’héroïne de mon livre, l’enfèrmement et la menace la ramènent à une période de son enfance où elle s’est retrouvée enfermée et menacée, de manière différente. Et la confrontation avec l’idée de la mort lui donne l’envie de se libérer de sa peur et de vivre enfin pleinement. »

Quelle trace a laissé, selon vous, cette époque sur la société israélienne ? Qu’est-ce que ça a pu changer dans le comportement des Israéliens aujourd’hui ?

« Je pense que ça a amplifié la peur de l’anéantissement. Pensez-donc: des missiles tombaient sur Haïfa et Tel-Aviv, qui se sentait tellement plus protégées que Jérusalem à l’époque! Les gens fuyaient la ville, partaient pour Eilat ou l’étranger. C’est la première fois aussi je crois que l’individualisme s’est exprimé pendant une guerre d’Israël, au lieu du patriotisme habituel. »

Israël, janvier 1991. Une attaque de l'Irak à l'arme chimique est redoutée, la guerre du golfe est imminente.

Est ce que vous vous souvenez d’un épisode particulièrement ?

« Je me souviendrai toute ma vie de la première attaque. Les sirènes hurlaient, on était tous affolés, on a allumé la radio selon les instructions et… on est tombé sur une chanson de Yehudit Ravitz, puis de Gidi Gov!

Personne ne disait rien, ne donnait aucune instruction, c’était le vide total.

On a cru que l’état-major était détruit, qu’il n’y avait plus personne pour nous protéger. Au bout de très longues minutes, une voix atonale a prononcé ces mots inoubliables: « Suite à une attaque de missiles irakiens sur Israël, il est demandé à la population d’entrer dans les chambres hermétiques, de mettre les masques à gaz et d’attendre des instructions supplémentaires. »

Ensuite, il a fallu attendre un long moment avant que Nachman Shaï, le porte-parole de Tsahal, prenne l’antenne pour rassurer la population, il est devenu un véritable héros, l’homme de la situation alors que pour la première fois de son histoire, Israël ne ripostait pas et les hommes restaient à la maison, à l’arrière, avec les femmes, les enfants, et le scotch et les serpillières… »

Après avoir été journaliste et professeur d’hébreu, Valérie Zanetti est aujourd’hui écrivain, traductrice (notamment de l’écrivain Aharon Appelfeld) et scénariste. Elle a écrit pour le cinéma deux scénarios adaptés de ses romans. “En retard pour la guerre” (sous le titre Ultimatum) et “Une bouteille dans la mer de Gaza“. Ce dernier film sort sous le titre “Une bouteille à la mer”, et est réalisé par Thierry Binisti. Il sera le 8 février sur les écrans français.

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