Aller au contenu principal

17 janvier 2012

«Le missile se dirige vers vous» 

par Tsahal - Armée de Défense d'Israël

Il y a 21 ans, une coalition menée par les États-Unis lance l’opération «Tempête du Désert» contre l’Irak de Saddam Hussein. Israël reste neutre mais se retrouve rapidement visé par des missiles SCUD irakiens, tirés en représailles. Les combattants de l’armée de l’air n’ont eu que quelques jours pour improviser et mettre en place, pour la première fois, une batterie du système de défense anti-missile Patriot. A la radio, une phrase terrible: « les SCUD ont été tirés, ils sont en route ». 

La Guerre du Golfe - Un missile Patriot est tiré contre un SCUD lancé par l'Irak sur Israël

On peut, sans prendre trop de risques, dire qu’une atmosphère de tension régnait en Israël au début de l’année 1991. Les Israéliens sont la plupart du temps sur leurs gardes, de crainte d’une guerre éventuelle. Cette année là, elle se précisait. L’armée de l’air était prête pour une attaque aérienne, les avions étaient armés et prêts à partir, tandis que les bases préparaient leur soldats à une possible riposte en cas d’attaque de l’Irak.

Tout était pensé mais l’ordre d’attaquer n’est pas tombé. Israël ne riposterait pas, pour maintenir autant que possible une stabilité régionale.

Au lieu de cela, une petite délégation israélienne envoyée aux États-Unis pour en apprendre plus sur le nouveau système américain de défense aérienne, le fameux système Patriot, a été rapatriée en urgence. C’était un jeudi soir, et les premiers missiles SCUD se s’abattaient en Israël sur Tel Aviv, prenant les membres de la délégation au dépourvu. Quarante-huit heures plus tard, ils étaient de retour en Israël et prêts à installer une batterie complète.

«Après avoir vécu à l’étranger pendant un mois et demi, nous sommes rentrés à la maison pour une nuit que nous avons passé à déployer et mettre en place la batterie de missiles Patriot», explique le Colonel de réserve Haïm Moriya, un des membres de la délégation, devenu en une nuit commandant de la batterie.

« A quatre heures du matin, la batterie était prête, montée en une nuit. Nous étions tous ensemble, nous n’y croyions pas », nous confie-t-il. Le Colonel Moriya se rappelle tous les évènements des heures fatidiques précédant la nouvelle attaque de façon précise :

«Nous avons couru dans une caravane qui était liée à un dispositif de détection par satellite et au quartier général de l’armée de l’air. Ensuite, j’ai été informé : le missile se dirige vers vous».

N’ayez pas peur, n’abandonnez pas Tel-Aviv

C’est le moment que redoutent tous les israéliens. Les missiles SCUD volent dans le ciel du pays, provoquant un sentiment de panique parmi les civils. Pour la première fois, il n’y a plus de ligne de front. Tous sont des cibles potentielles, les habitants se calfeutrent dans les abris anti-aériens. Une telle situation est devenue de nos jours un phénomène récurrent, notamment dans le sud d’Israël en proie au missiles du Hamas. Pour y faire face, Tsahal décrète la formation d’un Commandement du Front Intérieur, chargé de la prise en compte des civils des centres d’habitations du pays en cas de conflit.

A Tel Aviv, l’état d’alerte est permanent. Les sirènes résonnent à toutes heures, et beaucoup ont fuient pour se réfugier dans le nord ou le sud du pays. Shlomo Lahat, alors maire de Tel-Aviv, se remémore le flot de critiques dont il a fait l’objet après avoir traité les personnes fuyant la ville de déserteurs. David Avidan, alors un auteur culte et figure médiatique respectée en Israël, publie un poème, intitulé «N’ayez pas peur, n’abandonnez pas Tel-Aviv», dans un journal local.

Pendant ce temps, les combattants de l’armée de l’air en charge du système Patriot sont assis dans leur caravane au sud de Tel-Aviv, et attendent l’ordre de confirmation qui les autorisera à enfin lancer un missile contre ceux venant d’Irak.

Alors, comment vous sentiez-vous? 

«Ce fut vraiment la première fois que j’ai eu à traiter avec quelque chose comme ça», raconte le Colonel de réserve Moriya.

«Il y a un missile en route vers nous. Nous n’avons pas aucune expérience avec ce système. Nous ne sommes pas assez entrainés. Ce n’est pas une simulation et vous savez que la seule chose qui peut empêcher ce missile d’atteindre les citoyens de la région la plus peuplée du pays, c’est vous».

Il retient son souffle pendant un moment.

«Evidemment, ce type de détails ne vous alertent que plus tard. Vous n’avez pas le temps de réfléchir à ça sur le moment. Pendant ces quelques secondes, vous ne pensez même pas aux conséquences. Vous êtes extrêmement tendu. La montée d’adrénaline vous permet d’être plus fort et plus concentré. Votre cerveau traite si rapidement les informations que vous avez l’impression de pouvoir gérer beaucoup de choses en peu de temps. Jusqu’à aujourd’hui l’image d’un SCUD, que nous voyions voler sur nos écrans, est imprimé dans mon esprit. Il y a des choses que vous n’oubliez jamais, pas même après vingt ans».

Le premier tir échoue : «Arrêtez de crier et d’hurler»

Le premier lancement est autorisé, le système tire. Et échoue. Au début, les membres de l’équipe de la batterie de Patriot croient que tout se déroule comme prévu.

Que s’est-il passé?

«Je regardais derrière moi et je ne voyais que des têtes. Tous ceux qui le pouvaient sont entrés en courant dans la caravane. J’ai été informé de la frappe et puis le téléphone a sonné. Le Général de Brigade de réserve, Uri Ram, qui était alors Commandant de la Formation Anti-Aérienne nous appelait», explique le Colonel Moriya.

«Premièrement, bon boulot. Deuxièmement, arrêtez de crier et d’hurler, je vous entends!» leur commande le Général Ram.

«C’est a ce moment que j’ai réalisé que toute l’installation souterraine de la branche des Renseignements était reliée à nous et pouvait nous entendre. Nous avons alors éteint le microphone et continué à crier de joie», raconte le Colonel avec un sourire.

«Puis, il y a eu un autre appel. Il a demandé : êtes-vous sûr que vous l’avez touché? C’était comme une douche froide».

Publicités

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :