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10 octobre 2011

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« A 13h55, alors que tout le pays était concentré dans les synagogues, une sirène retentit. Elle fit l’effet d’un tremblement de terre »

par Israel Defense Forces

Regards croisés sur le séisme de la Guerre du Kippour – Témoignage de Yoel Sher, Ministre plénipotentiaire à l’Ambassade d’Israël en France de 1979 à 1984, réserviste pendant la Guerre du Kippour et dont le fils tankiste a participé aux combats acharnés qui ont eu lieu dans le Sinaï.

Pour comprendre le traumatisme qu’a été le Guerre du Kippour pour les Israéliens, il faut revenir sur la symbolique et l’ambiance très particulières qui rendent chaque année ce jour unique. Le caractère saint et solennel du jour le plus important du calendrier juif est palpable et transforme chaque coin de rue, chaque synagogue, et chaque maison.

Les heures passent dans le silence du recueillement. Ceux qui choisissent de ne pas observer le jeûne ou de ne pas aller prier respectent également le calme et acceptent que tout s’arrête le temps d’une journée. Les commerces, les écoles, les entreprises ferment pendant cette journée. Personne ne travaille. Seuls quelques services d’urgence dans les hôpitaux et des ambulances continuent de fonctionner.

Mais ce n’est pas tout. Les chaînes de télévision, les radios, et les journaux s’arrêtent également le temps d’une journée. Même l’armée fonctionne différemment. Seuls certains soldats continuent d’effectuer des gardes. Aucun exercice ou entraînement n’a lieu.

Soldats israéliens à bord d'un véhicule blindé pendant la Guerre du Kippour (1973)

C’est dans ce contexte unique que les armées syriennes et égyptiennes ont attaqué par surprise l’État d’Israël.

« A 13h55, alors que tout le pays était concentré dans les synagogues, une sirène retentit. Elle fit l’effet d’un tremblement de terre », se souvient Yoel Sher, ancien ambassadeur d’Israël en France et réserviste pendant la Guerre du Kippour.

Les Israéliens rentrèrent chez eux précipitamment et allumèrent leurs postes de radio, normalement éteints le jour de Yom Kippour.

« En effet, aucun programme n’est diffusé, sauf en cas de guerre ou d’urgence un jour comme celui-là… », nous explique Yoel Sher.

Pour les Israéliens, ce jour prenait déjà une tournure inhabituelle et inquiétante. « Nous écoutions, attentifs, l’énumération des noms de code qui indiquent quelles unités sont mobilisées. Les soldats et les réservistes, savent ce qu’il leur reste à faire si leur unité est rappelée : rejoindre le plus rapidement possible leur base. »

« Un bruit violait déjà le silence habituel de Yom kippour. Les hommes se préparaient précipitamment, et prenaient la route dans la hâte. En raison de la fête de Yom Kippour, les routes étaient vides, et c’est d’ailleurs ca qui a permis aux soldats de rejoindre rapidement leurs bases. La nuit tomba rapidement et beaucoup d’hommes n’étaient pas encore arrivés à destination. Faire de la route en temps de guerre était particulièrement dangereux. Pour ne pas attirer l’attention dans l’obscurité et se faire prendre pour cible par l’ennemi, nous éteignions les lumières des voitures, des routes, et nous peignions les parties lumineuses de la voiture. »

« C’est la seule guerre qui a éclaté dans un effet de surprise générale comme celui-là »

La surprise résidait aussi dans les nouvelles armes et les nouveaux moyens d’attaque que les armées ennemies possédaient. Les missiles anti-tank de l’armée syrienne ont causé de nombreux dégâts dans le Plateau du Golan.

« A l’époque, j’avais plus de 40 ans, donc j’ai été mobilisé pour des missions de protection d’installations militaires dans la ville de Jérusalem. Mon fils, tankiste a directement été envoyé pour combattre dans le Sinaï. Pendant dix jours, des combats cruels ont eu lieu, et nous n’avions aucune nouvelle de notre fils, comme beaucoup d’autres parents israéliens. La base militaire de mon fils avait été l’une des premières a avoir été détruite par l’armée égyptienne.La seule certitude que nous avions était que des combats d’une extrême cruauté avaient lieu sans interruption dans le Sinaï. Les soldats devaient tenir le coup, et pendant les premiers jours de la guerre, aucune heure de sommeil ne leur avait été octroyée », nous raconte Yoel Sher.

Le tournant de la Guerre

« Le 16 octobre 1973, après dix jours de combats acharnés, le Général Ariel Sharon parvint à franchir le canal de Suez. Nous savions que la tendance s’était inversée », se souvient Yoel Sher.

Les forces israéliennes avaient finalement réussi à encercler la deuxième armée égyptienne dans le Sinaï. Ceci avait permis à l’armée israélienne de réclamer la libération des 300 soldats israéliens qui avaient été faits prisonniers contre la libération des soldats égyptiens. Dans le Plateau du Golan également, des nouvelles plus rassurantes commençaient à être diffusées à la radio. « Nous étions parvenus à stopper l’avancée des Syriens. Nous n’étions plus qu’à 35 km de Damas, la capitale syrienne. »

« Après la fin de la guerre, j’ai également été envoyé dans le Sinaï. Nos forces étaient stationnées au kilomètre 101 (à 101 km du Caire). Par hasard, j’ai retrouvé mon fils avec ses camarades tankistes à 101 km du Caire. Une formidable surprise. Il avait traversé à son tour le Canal de Suez le 18 octobre avec ses camarades tankistes et n’avait pas pu nous prévenir. »

Une victoire éclatante, mais un traumatisme qui persiste – « L’ empreinte de la Guerre du Kippour est très différente de celle laissée par la Guerre des Six Jours. »

Elle avait eu l’effet d’un tremblement de terre. La Guerre de Kippour avait fait des milliers de blessés et plus de 2200 morts, sans compter les 300 soldats qui avaient été faits prisonniers pendant les combats.

« Un ‘tremblement de terre’, un ‘séisme’, ne sont pas des mots trop forts pour exprimer l’état de choc dans lequel le retentissement de la sirène en plein milieu de Yom kippour nous avait laissés. Après la guerre,  nous avons cherché à  comprendre comment une telle chose avait pu se produire. Les menaces avaient bien été réelles, les égyptiens avaient essayé de nous attaquer à plusieurs reprises cette année-là, et nous n’avions pas pris ces avertissements assez au sérieux. »

Un point sur l’opinion publique mondiale

D’après Yoel Sher, l’opinion publique mondiale avait été également très frappée et profondément choquée par le fait que les Syriens et les Égyptiens avaient attaqué Israël le jour le plus sacré de l’année. Cet acte était perçu comme une atteinte au sentiment religieux.

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