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21 septembre 2011

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Le rendez-vous historique de la semaine : Le combat de Tsahal pour identifier les soldats inconnus tombés pendant la Guerre d’Indépendance

par Israel Defense Forces

La Guerre d’Indépendance de 1948 a causé la mort de milliers de soldats israéliens et certains d’entre eux n’ont jamais été identifiés.  63 ans plus tard, leurs familles sont toujours à la recherche de la vérité. (extraits d’un article publié sur le site du quoditien Haaretz en anglais)

Anshel Pfeffer

Avraham "Bren" Adan hissant le "drapeau à l'encre" improvisé à Eilat, marquant la fin de l'Opération Ouvda pendant la Guerre d'Indépendance

La famille Yaron est l’une des centaines, peut-être des milliers, de familles en Israël qui ont connu le même sort, la même histoire. Un frère ou un cousin, un grand-père ou une grand-mère, dont les traces ont été perdues en Europe pendant la Shoah et qui selon une rumeur souvent infondée aurait survécu. Après avoir immigré en Israël illégalement sur un bateau de réfugiés clandestins, ces parents disparus se seraient engagés dans la Hagana ou au sein de la jeune armée israélienne et auraient été tués au combat pendant de la Guerre d’Indépendance.

 «Nous avons fait énormément d’efforts et de recherches pour trouver des renseignements sur lui. Nous avons essayé de le localiser un peu partout mais nous n’avons jamais rien trouvé», explique Moshe Yaron, un retraité ancien salarié de Israel Aircraft Industries (IAI). Il raconte les multiples tentatives pour retrouver Pinhas Kokabka, un cousin d’origine polonaise qu’il n’a jamais pu rencontrer. Yaron raconte: «Nous n’avons jamais voulu obtenir un quelconque bénéfice ou un dédommagement. Notre seul but est d’honorer la mémoire de mon cousin, d’être certains que son nom soit inscrit sur un mémorial et peut-être de retrouver sa tombe”. Pourtant le nom de Pinhas n’apparaît pas sur la liste des plus de 4000 noms de soldats israéliens tués au cours de la Guerre d’Indépendance.

 Peu de temps avant de mourir, la tante de Moshe Yaron lui a parlé du destin de Pinhas. Ce qu’elle en savait lui avait été rapporté par un autre rescapé de la Shoah, qui s’est depuis également éteint. Ce survivant avait affirmé avoir rencontré Pinhas à bord d’un bateau de réfugiés en route vers la Terre d’Israël et avoir eu vent de son décès lors des combats autour de Latroun. Sur la base des ces informations, la famille Yaron recherche la trace de Pinhas depuis les années 1980.

 Ils se sont renseignés auprès de nombreux mémoriaux et institutions, notamment le mémorial de Latroun, l’Agence Juive, le Musée de la Diaspora et le Ministère de la Défense, mais ils n’ont rien trouvé.

L’unité Eitan de Tsahal, spécialisée dans l’identification des soldats disparus, a ouvert une enquête

 «Comme son nom, Kokabka, ne figurait ni sur une liste de blessés ni sur une liste de soldats de Tsahal, nous avons envoyé un enquêteur pour déterminer s’il a bien émigré en Israël après la Shoah», a expliqué le Lieutenant-colonel Gabi Almashali, Commandant de l’unité Eitan. «Nous n’avons trouvé son nom nulle part. Nous avons même épluché les listes de réfugiés qui se trouvaient sur les bateaux clandestins à cette époque. Il n’y aucune trace».

 Pourtant,  l’enquête de Tsahal n’a pas été classée. «Le désordre qui régnait à cette période devait être si grand que son nom n’a sans doute jamais été inscrit sur la liste de la septième brigade qui a combattu à Latroun », regrette Moshe Yaron, « mais pour nous il est évident qu’il était là-bas. »

Dans un pays qui s’est toujours mobilisé – ne serait-ce que pour un seul de ses soldats –  il est difficile d’imaginer qu’à la fin de la Guerre d’Indépendance, 1000 soldats sur les 4500 qui sont morts au combat étaient portés disparus.

Un INS Haganah de la Marine Israélienne. Le bateau a été acheté par des Juifs de Palestine dans les années 1940 et a servi pendant la Guerre d'Indépendance

Ce nombre a diminué de manière significative après que le Rabbin Général Militaire Shlomo Goren a entrepris un effort de recherche et d’identification de grande ampleur, allant même jusqu’à se rendre sur le champ de bataille et grâce la création des cérémonies militaires à partir des années 1950.

Malgré tout cela, il restait toujours 200 soldats dont l’emplacement des tombes demeurait inconnu et plusieurs dizaines de sépultures de soldats non identifiés.

L’unité Eitan a été mise en place en raison de l’augmentation du nombre de soldats portés disparus lors de la Guerre de Kippour. Au cours des 20 premières années de son existence,  le travail de cette unité consistait essentiellement à localiser des soldats qui manquaient à l’appel en situation de conflit ou de guerre. A partir des années 1990, l’unité a ajouté un objectif à ses prérogatives et a commencé à rechercher les soldats disparus pendant des conflits qui avaient eu lieu par le passé.

Les techniques de recherche développées par l’unité Eitan lui ont permis, avec l’aide des nouvelles technologies informatiques et des tests génétiques, de réduire le nombre de victimes non identifiées de la Guerre d’Indépendance d’environ 50%.

 Aujourd’hui le Ministère de la Défense dispose d’une liste de 110 victimes de la Guerre de 1948 dont on ignore encore l’emplacement des tombes. 40 sépultures de soldats inconnus sont également font toujours l’objet d’une enquête.

 Autour de certaines tombes de soldats inconnus, des os de victimes ont été récupérés des semaines ou des mois après leur mort et après qu’Israël a repris le contrôle de la zone où les restes avaient été enterrés. Dans de tels cas, il est difficile d’établir avec certitude le nombre de corps enterrés dans une même tombe. S’il n’y a aucun autre membre de la famille enterré à proximité de la tombe et si l’on ne peut pas exhumer le corps pour mener un test ADN, l’identité ne peut être vérifiée.  Grâce aux demandes faites par les familles et les amis, chaque année, l’identité d’un soldat inconnu est révélée.

«Cela commence par un gros travail de recherche dans les archives», explique le Lieutenant-colonel Almashali

«Par la suite, les témoins d’une bataille sont interrogés, dans le but de se faire une idée plus précise du déroulement des évènements de ce qui a bien pu arriver aux personnes portées disparus. Parfois, ces victimes ont été enterrées directement après les combats car il n’y avait aucune possibilité de conserver leurs corps. Ainsi, au moment de l’enterrement, il n’y avait ni amis ni membres de la famille pour confirmer l’identité du soldat. A cette époque, les équipes du Rabbinat militaire qui sont aujourd’hui chargées d’identifier les corps des soldats n’existaient pas encore. La plupart du temps, les combattants s’occupaient eux-mêmes des enterrements de leurs camarades tombés sous leurs yeux. Comprendre ce qu’il s’est passé lors d’une bataille de ce type est complexe car nous ne pouvons pas toujours exhumer un corps pour effectuer des tests ADN. »

Ouvrir une tombe pour en exhumer un cadavre reste un processus légal très complexe qui ne peut être autorisé que par le Procureur Général de l‘état. Suite à de longues délibérations entre Tsahal et le bureau du Procureur Général, trois conditions préalables ont été déterminées afin d’obtenir l’autorisation d’exhumer un corps. Une tombe peut être ouverte lorsque les recherches dans les archives laissent supposer que la tombe d’un soldat inconnu appartient à une personne en particulier. Il faut également que les membres de la famille soient d’accord pour ouvrir la tombe et qu’ils soient suffisamment proches de la victime afin qu’un test ADN puisse être effectué.

Entre 2009 et 2010, l’unité Eitan a identifié quatorze tombes de soldats inconnus tombés pendant de la Guerre d’Indépendance. Neuf d’entre eux étaient des rescapés de la Shoah. Peu de gens savent que beaucoup de combattants israéliens de la Guerre d’Indépendance étaient des jeunes gens qui avaient récemment immigré après la Deuxième Guerre Mondiale.

Parmi les soldats de Tsahal qui ont été tués au cours de la Guerre d’Indépendance, les rescapés de la Shoah représentent environ un tiers des victimes.

L'Exodus : 1947 est un bateau qui transporta en 1947 des Juifs émigrant clandestinement d'Europe

Un mémorial dédié aux soldats qui sont arrivées seuls en Israël après la Shoah et qui n’avaient plus personne pour pleurer leur mort a été inauguré en 2004. Il se trouve sur le chemin qui relie le Mémorial de Yad Vashem au cimetière du Mont Herzl. Il a été conçu par le sculpteur Micha Ullman. Un livre a été publié en leur mémoire. Il parle de 142 soldats, rescapés de la Shoah, décédés lors de la Guerre d’Indépendance. Jusqu’en 2010, deux de ces soldats figuraient encore sur la liste des soldats disparus. La sépulture de deux autres soldats, Shlomo Stoler et Yosef Cohen, n’a jamais été identifiée.

Au début des années 1950, David Ben Gourion a déclaré : «Nous n’avons pas de tombe en mémoire des soldats inconnus. » Jusqu’à présent, le Ministère de la Défense et l’armée israélienne refusent de créer un tombeau pour les soldats inconnus.

«L’unité Eitan et le Ministère de la Défense travaillent sans relâche pour qu’un nom soit mis sur le corps d’un soldat mort et qu’il puisse être inscrit sur sa tombe», explique Aryeh Mualem, Chef du Département de la Famille et du Souvenir au Ministère de la Défense.  «C’est pour cette raison qu’il n’existe pas de tombe à la mémoire du soldat inconnu. Nous avons un engagement envers nos soldats tombés et leurs familles».

Le commandant de l’unité Eitan, le Lieutenant-colonel Almashali, ajoute que «la tombe d’un soldat inconnu ne permettrait pas l’expression de sentiments personnels pour la famille. Il est possible que lidentité de certains d’entres eux reste toujours un mystère parce qu’ils ont émigré sans famille ni amis. Mais il y a toujours une chance de retrouver un nom si la personne en question est rentré dans la sphère militaire. Son nom a forcément été inscrit quelque part. C’est pourquoi nous continuons toujours de chercher».

«Un mythe s’est construit autour de la désorganisation administrative pendant le Guerre d’Indépendance persiste», a ajouté Almashali, après avoir passé des années de recherche dans les archives. «Mais nous avons découvert la communication et les rapports entre les officiers et l’État-major, ont été bien rédigés et qu’il y avait déjà un haut niveau en matière de bureaucratie et d’administration dès les débuts de l’armée israélienne.»

«L’idée selon laquelle des gens sont descendus directement du bateau pour aller sur le champ de bataille n’est pas vraie», affirme le Lieutenant-colonel Almashali.

«Dans certains cas, en effet, la formation militaire a été raccourcie d’une semaine ou deux et il est très possible que certains soient arrivées sans que personne ne les connaissaient. Mais à la minute où ils se sont engagés dans l’armée, leur nom a été répertorié. Lorsqu’il n’y a pas d’inscription, nous essayons de comprendre pourquoi. Au bout du compte, nous arrivons généralement à identifier la personne. »

Le professeur Hanna Yablonka, un historien spécialisé dans le comportement de l’État d’Israël à l’égard des rescapés de la Shoah, a confirmé le point de vue du Commandant de l’unité Eitan. Selon elle, «Personne n’est descendu tout droit d’un bateau de réfugiés pour aller directement au front». « C’était une guerre d’essai, la première dans l’histoire d’Israël et la situation était extrême. On devait se battre ou mourir. Pour les rescapés de la Shoah aussi, la guerre pour l’indépendance de l’état était devenue un impératif. Ils pensaient que c’était un immense privilège de se battre avec une arme à la main. Ils lui ont même donné un nom : «La revanche de la renaissance. »

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Rétroliens & Pings

  1. La Semaine de Tsahal en images du 18/09 au 25/09 | Armée de Défense d'Israël

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